Claude Petitpierre
Je vais vous présenter une série de critiques de la religion, tirées du livre de Dawkins « Pour en finir avec Dieu ». Je précise que mon rôle se limite à la description des critiques, dont vous connaissez certainement certaines et que je n’adhère pas forcément à toutes les critiques que je vais présenter. Ce sera le rôle de Jean-Denis Kraege d’y répondre tout à l’heure.
La première question qui se pose est : de quel Dieu parle-t-on ?
Dawkins écrit qu’il reçoit souvent des remarques de ce genre : « Le Dieu auquel Dawkins ne croit pas est un Dieu auquel je ne crois pas non plus. Je ne crois pas à un vieillard dans le ciel avec sa grande barbe blanche. » (48) Bien sûr que ce n’est pas la vision que Dawkins a de Dieu.
Dieu pourrait être défini comme une intelligence surnaturelle, surhumaine qui a délibérément conçu et créé l’univers. Or selon Dawkins, une telle intelligence a besoin de temps pour se développer et ne pourrait apparaître que tard dans l’univers. (41)
Selon Dawkins, la remarque suivante nous éclaire suffisamment pour le moment : « La différence entre les déistes et les théistes, c’est que le Dieu des premiers ne répond pas aux prières, ne s’intéresse pas aux péchés ou aux confessions, ne lit pas nos pensées et n’intervient pas par des miracles capricieux. » (26)
Certains prétendent que notre cerveau renferme un vide nécessaire qui doit être comblé par Dieu. Mais Dieu laisse quelque place pour la science, l’art ou le développement d’un comportement moral et social. L’important dans la place gardée pour Dieu est la fonction de consolation qui est en fait liée au phénomène de « l’ami imaginaire ». Cet ami imaginé par les enfants pour avoir quelqu’un à qui parler, qui a la patience de consacrer toute leur attention à celui qui souffre.
(460)
Les Évangiles ne rapportent pas l’histoire, mais construisent des mythes.
Les Évangiles ont été écrits après les épîtres de Paul et ce dernier ne dit rien de la vie de Jésus, si ce n’est qu’il a été crucifié et qu’il est ressuscité. Il parle de la Sainte Cène, mais bien qu’il ait rencontré Jacques, le frère de Jésus, cette connaissance ne lui vient de lui : « Car j’ai reçu du Seigneur ce que je vous ai enseigné… » (1 Corinthiens 11:23). Ce serait un signe très fort s’il disait « je l’ai appris de Jacques ».
D’ailleurs, selon moi, cette histoire de Sainte Scène est ajoutée après coup. Elle est placée dans un contexte qui parle d’autres aspects des repas.
Jacques n’a rien dit à Paul des autres choses extraordinaires que Jésus a dites ou faites. Et comment peut-on penser que les miracles n’ont pas laissé de traces dans l’histoire ? De plus, l’immaculée conception, l’adoration par les mages, l’étoile de l’Orient sont à coup sûr empruntés à d’autres religions.
Hoyle disait que la probabilité que la vie ait commencé sur la Terre n’est pas plus élevée que la chance qu’un ouragan balayant une décharge assemble par bonheur un Boeing 747. (147) C’est une compréhension totalement erronée du processus de l’évolution.
McQuoid cité par Dawkins a écrit : « Mais penser que nous avons simplement évolué à partir d’un bang et que nous étions des singes, cela paraît incroyable quand on regarde la complexité du corps humain. […] Si vous dites aux enfants qu’il n’y a pas de but dans leur vie – qu’ils ne sont qu’une mutation chimique –, ce n’est pas ça qui va leur donner une bonne opinion d’eux-mêmes. » (439)
Avant Darwin, on ne pouvait imaginer une possibilité de construire progressivement le monde, la vie ou l’humain. Il fallait disposer d’une conception intégrale de systèmes aussi complexes que le monde avant de le créer. Seul Dieu pouvait le faire.
Aujourd’hui, on a compris qu’il est possible de laisser se développer un système bien plus simple (quoique ayant des propriétés intrinsèques stupéfiantes qui proviennent d’on ne sait où) qui va se développer de lui-même vers la vie.
Le développement des êtres vivants, tous basés sur l’ADN, s’appuie sur le hasard et la nécessité. Le hasard propose un nombre immense de voies, mais se trompe la plupart du temps. Les mauvaises propositions sont automatiquement éliminées, car invivables ou en tous cas non-compétitives. Certaines propositions, par contre, avantagent les individus qui les obtiennent et ceux-ci se développent, reproduisant ces avantages chez leurs descendants. L’intervention de Dieu n’est pas nécessaire
La religion, qui est basée sur la prétention qu’elle connaît les raisons de notre existence ici-bas a été, et est encore, très perturbée par la démarche scientifique. La porte de sortie est le NOMA, le classement de la religion et de la science en deux domaines séparés.
(62) Dawkins définit les deux concepts complémentaires suivants pour essayer de statuer sur ces relations entre religion et science :
- APP, agnosticisme provisoire en pratique – position intellectuelle par laquelle on définit les situations ou les questions dans lesquelles il y a une réponse claire et non ambigüe, mais qu’on ne sait pas comment déterminer. On pourrait toutefois un jour, par chance, trouver cette réponse.
- ADP, agnosticisme définitif de principe. Situations dans lesquelles il est impossible même d’imaginer une preuve.
Selon Dawkins, l’existence de Dieu fait partie du concept APP. Il se pourrait qu’on tombe un jour par hasard sur une preuve ; en fait un miracle détectable par la science… si Dieu décidait, comme du temps de Jésus, de se manifester à nouveau. (Pas vraisemblable, mais pas impossible et détectable par la science, par exemple un miracle attesté scientifiquement).
La vie sur la planète Terre dépend de tant de paramètres qu’on pourrait se demander comment cela est possible sans Dieu.
Nous sommes très complexes ; et même si le développement de l’humain a été réalisé selon les explications de Darwin, il a fallu des conditions pour que cela se produise. Par exemple, il a fallu, entre beaucoup d’autres choses, que la Terre se déplace sur une orbite située ni trop près, ni trop loin du soleil ; à une distance désignée par le nom de Goldilock.
Certaines personnes insistent donc que seule une intelligence extérieure a pu instaurer cette situation. Mais d’autres font remarquer que si cette distance Goldilock n’avait pas été respectée, nous ne serions pas là pour nous en plaindre. Il y a, grosso modo, 1000 milliards de galaxies contenant chacune 1000 milliards d’étoiles. Un certain nombre de ces étoiles ont des planètes en orbite. Et donc même si la probabilité que la vie apparaisse sur une planète est faible, la quantité de planètes est si grande qu’il y a certainement des équivalents d’humains sur certaines planètes, dont la nôtre, qui tous s’émerveillent d’y être. Sur les planètes sur lesquelles il n’y a pas d’êtres intelligents, il n’y a personne pour le constater. On appelle cela le principe anthropique.
Quant à l’apparition de la vie, il suffit qu’il y ait eu à un moment donné, une seule fois, la concentration d’atomes ou de molécules adéquate. Une fois ou plus.
D’où vient que les humains ont développé des religions ?
Dans une première explication, on assume que les tribus ancestrales qui ont développé une religion bénéficient de l’effet apaisant de celle-ci. Cet effet réduit le stress, augmente la qualité de vie et donc permis un meilleur développement. Mais il ne faut pas oublier que toute religion a aussi des côtés qui ont plutôt l’effet d’augmenter le stress.
Dawkins met en avant le concept suivant : de la même façon que la vie s’est basées sur des gènes, la religion s’est basée sur des mèmes. Les meilleurs mèmes ont été sélectionnés et ont été intégrés dans une religion de plus en plus sophistiquée. Mais sur quels critères ces mèmes ont-ils été sélectionnés ?
Personnellement, je ne peux m’empêcher d’ajouter qu’il faut constater la force de communautés soudées par des gourous charismatiques qui ne s’embarrassent pas de vérités exactes, mais se complaisent dans des vérités qui les distinguent. Rappelons-nous l’histoire du gourou qui a convaincu des gens qu’ils allaient partir sur Sirius.
Ce ne sont pas les exemples de communautés liées par des croyances communes qui manquent, étalés sur des millénaires. Mais Dawkins retient l’exemple de l’Irlande du Nord. Dans ce pays deux groupes se battent et prétendent chacun avoir la bonne religion. Et donc « sans religion, il n’y aurait pas d’étiquette pour savoir qui opprimer et sur qui se venger. »
En vertu de quoi voudrait-on être bon si ce n’est à par le biais de la religion ?
« Beaucoup de croyants ont du mal à imaginer comment sans religion, on peut être bon, ou même voudrait l’être. » Mais pour d’autres, la religion est carrément une source de haine envers l’autre, comme dans certains des exemples précédents.
(497) Une étude a démontré qu’il n’y avait pas de différence entre les jugements des athées ou des croyants. Nous n’avons pas donc besoin de Dieu pour être bons ou mauvais.
Les sources du sens moral proviennent en bonne partie de nos instincts qui nous font (souvent) respecter nos proches et haïr les gens d’autres communautés.
Quoiqu’on en pense, nos sociétés s’améliorent.
Dawkins prétend, bien que cela n’apparaisse pas clairement, que nos comportements évoluent vers le mieux. « Certains d’entre nous sont à la traîne derrière la vague qui fait avancer les changements du Zeitgeist moral, et certains sont un peu en avance. »
Voici quelques exemples qui montre l’évolution des règles morales et de ces vagues.
Dans un passé assez lointain, Luther était violemment antisémite. À la diète de Worms, il avait dit : « Tous les juifs devraient être chassés d’Allemagne. » Et son livre Des juifs et de leurs mensonges a probablement influencé Hitler. (360)
« En Amérique, les idéaux d’égalité raciale se sont développés sous l’influence de chefs de file politiques du calibre de Martin Luther King, et d’artistes, de sportifs et autres personnages publics et modèles comme Paul Robeson, Sidney Poitier, Jesse Owens et Jackie Robinson. L’émancipation des esclaves et celle des femmes doivent beaucoup à des dirigeants charismatiques, certains croyants et d’autres pas. » (355)
« Ceux qui désirent fonder leur morale littéralement sur la Bible ou bien ne l’ont pas lue, ou bien ne l’ont pas comprise, comme le faisait justement observer l’évêque John Shelby Spong dans The Sins of Scripture [Les péchés des Écritures]. Mgr Spong, soit dit en passant, est un bel exemple d’évêque libéral dont les croyances sont si avancées que la majorité de ceux qui se disent chrétiens peuvent à peine les reconnaître. »
Dawkins écrit que « Pour mon propos, il suffit de savoir, en se fondant sur des faits observés, que [le Zeigeist] progresse. Et pas par l’effet de la religion – et encore moins de l’Écriture. » (356)
Évidemment ce livre a été écrit avant l’arrivée de Trump (pour citer un personnage parmi d’autres.)